Où il est question des rythmes scolaires, éléments de réflexion en rapport avec notre conférence avec F. TESTU, ce soir 13 mai à 18h30 au Palais de la Culture à Puteaux.
Tintin au Tibet : Que
pensez-vous de la fermeture des écoles le samedi matin ?
Philippe Meirieu : J'y
suis très hostile. Pour plusieurs raisons : d'une part, c'est, de fait, la
généralisation de la semaine de quatre jours. Or, la France a déjà une très
mauvaise gestion des rythmes scolaires, avec des journées trop longues et trop
peu de journées d'école dans l'année.
La suppression du samedi
matin va encore alourdir les journées existantes et accroître la fatigue
scolaire, qui est aujourd'hui l'une des causes majeures de l'échec.
Les élèves ont perdu plus
d'une heure de sommeil par jour depuis trente ans : ils sont excités, stressés,
et moins bien disposés à entrer dans les exercices scolaires.
D'autre part, je pense
qu'on aurait dû utiliser le samedi matin pour améliorer les relations entre les
familles et l'école : il était possible par exemple de demander aux enseignants
d'ouvrir systématiquement l'école aux familles le samedi pour améliorer la
connaissance du système scolaire, des pratiques pédagogiques, et permettre de
nouer un dialogue sur des questions qui intéressent à la fois les professeurs
et les parents.
Enfin, je crois que le système
de rattrapage qui est proposé pour les élèves en difficulté ne permettra pas
efficacement de leur apporter le soutien nécessaire : ils risquent de se sentir
punis de venir en classe plus que leurs camarades, et cela pourra parfois être
contre-productif.
marc : En quoi la
suppression de 3 heures de cours le samedi matin et la réduction de la semaine
de cours à 24 heures peuvent-elles accroître la "fatigue scolaire" ?
Philippe Meirieu : En fait, la véritable question c'est la journée scolaire, qui est trop lourde et qu'il faut réduire. Six heures de cours par jour pour des élèves de 8 ans, c'est excessif, et je préférerais des journées de quatre heures mieux réparties dans la semaine et dans l'année. Mais cela exige bien sûr une réflexion sur la mise en place d'activités complémentaires, culturelles ou sportives, qui aujourd'hui font défaut en France. Enfin, je trouve que, depuis plusieurs années, nous allons toujours dans le même sens : imposer aux élèves les contraintes des adultes en matière de week-ends, de vacances, de garderie, etc. Il faudrait plutôt s'intéresser aux besoins réels des enfants et réfléchir sur leur équilibre de vie.
